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L’actualité et votre santé mentale

Par Kanica Saphan

Je ne suis plus l’actualité depuis 3-4 ans, et je m’en tire mieux depuis. Je voudrais bien remplir mon devoir civique d’être une citoyenne allumée, informée et au courant de l’actualité, mais j’ai constaté que ça se faisait au détriment de ma santé mentale, alors j’ai arrêté. Le fait de ne pas suivre l’actualité ne veut pas dire que je me fous des enjeux sociétaux, mais plutôt, que je me choisis avant tout.

Les quatre raisons qui m’ont poussé à faire ce choix se résument ainsi :

1-Consommer l’actualité ne me rend pas plus heureuse.

2-Consommer l’actualité ne me rend pas plus intelligente.

3-Consommer l’actualité ne développe pas mon jugement critique sur un sujet précis de la même manière qu’un documentaire ou un livre peut le faire.

4-Consommer l’actualité ne me donne pas le goût de me mobiliser ou de me mettre en action.

Notez que j’utilise le terme “consommer”.

Il y a même un terme en anglais pour décrire ce phénomène : news fatigue. Le Pew Research Center aux États-Unis rapporte que la plupart des Américains se sentent épuisés des nouvelles et cette tendance s’observe depuis des années.

Quand je m’attarde plus à ce sujet, les journalistes et tous les autres “knowledge workers” (dont je fais partie) me viennent à l’esprit : s’exposer à un flux constant et infini d’information n’est-il pas l’équivalent de s’injecter 10 ml de cortisol, l’hormone du stress, dans le sang?

L’Institut national de santé publique du Québec considère que les agressions sexuelles et la violence domestique sont des problèmes de santé publique importants.

Donc voir sur son news feed des agresseuses à Tout le monde en parle, ou voir des nouvelles du énième féminicide cette année, ça brasse des choses pour un paquet de gens. Consommer l’actualité a donc une charge émotionnelle non négligeable.

S’exposer à autant de nouvelles négatives peut même nous mettre dans un état de “psychic numbing” (engourdissement psychique, traduction libre), ce qui baisse notre capacité à être empathique.

Cette vidéo de 4 minutes explique bien ce phénomène.

Comment je prends soin de moi en tant que thérapeute:

Mon travail consiste à absorber des charges négatives, et quoiqu’elles ne m’appartiennent pas, il serait faux de dire qu’il ne reste jamais de résidus après les séances.

Compte tenu de la nature de mon travail, je peux être exposée au plus laid et au plus violent que la vie est capable de faire subir à un autre humain.

J’ai donc compris l’importance de ménager mon exposition à la bassesse, à la violence et à l’horreur, ce qui veut dire (pour moi) ne plus consommer l’actualité, ne pas écouter des documentaires stressants ou des films angoissants et de m’exposer le moins possible au drame, à la cruauté et à la haine.

Je maximise donc la légèreté, le plaisir et le rire, et je vous invite à faire de même.

Recherchez davantage le plaisir, les activités ludiques, les moments où vous êtes des vrais gamins. Écoutez du trash tv sur Netflix, des shows d’humour, bref trouvez ce qui vous permet de reconnecter avec la nature humaine, parce que je vous assure que l’humanité est capable de belles choses.

Sources :

Brillon, P. (2020). Entretenir ma vitalité d’aidant : guide pour prévenir la fatigue de compassion et la détresse professionnelle. Les éditions de l’homme. Montréal.

Gottfried, J. (26 février 2020). Americans’ news fatigue isn’t going away – about two-thirds still feel worn out. Récupéré de https://www.pewresearch.org/fact-tank/2020/02/26/almost-seven-in-ten-americans-have-news-fatigue-more-among-republicans/

Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Trousse médias sur les agressions sexuelles. Récupéré de https://www.inspq.qc.ca/agression-sexuelle/accueil