Parlons sexologie

Sexualité. Société.
Santé mentale et physique

Bourse de 1000$ et synthèse de l’année

Par Kanica Saphan

Création de la bourse en sexologie Lotus du Sahara à l'Université du Québec à Montréal

Je suis fière d’annoncer la création d’une bourse de 1000$ pour les étudiant.es en sexologie qui sont immigrant.es de première ou deuxième génération et qui s’impliquent dans leur communauté.  

Les détails de la bourse se trouvent ici.

La bourse se concrétise à un moment de l’année qui se prête bien à la réflexion. Chaque fin d’année me pousse à faire un bilan de ma pratique privée et des développements avec Le Sofa Sexologique. 

Je vous partage donc ici quelques réflexions liées à ma pratique en 2021 et aussi les réflexions qui ont mené à la création de cette bourse.

Les personnes avec qui je travaille m’entendent souvent dire, à la première séance, que deux sujets qui ne sont pas tabous avec moi, c’est 1-la sexualité et 2-l’argent.

Ces dernières semaines en décembre, comme il s’agissait de la dernière séance de l’année pour plusieurs de mes suivis, j’ai eu l’occasion de dire à mes clients : Merci, car si j’ai une job, c’est parce que vous me faites confiance. 

Je remercie mes clients parce qu’ils ont le courage d’aller voir une inconnue pour livrer une partie intime de leur vie. Donc si je peux offrir une bourse à des futur.es sexologues, c’est en partie grâce à mes clients actuels.

Donner/recevoir

On me donne, et je redonne. Et quand je donne, les autres peuvent redonner. Ainsi de suite.

Donner et recevoir est un thème qui revient souvent dans ma pratique. Donner et recevoir sous toutes ses formes, que ce soit de l’amour, de l’attention, des compliments, de la validation verbale, de l’argent, des petits cadeaux, du temps, etc.

Bien des gens sont capables de donner, à outrance, au détriment d’eux-même parfois, mais le contraire est aussi vrai. D’autres sont incapables de recevoir et ne voient même pas la nécessité de recevoir, invoquant l’autonomie et l’indépendance comme excuse pour ne pas se mettre dans une situation potentiellement périlleuse où ils pourraient être moralement ou émotionnellement « endettés » envers quelqu’un. 

Pour certaines personnes, donner est l’unique façon de se sentir valorisé. On les appelle parfois les givers, les fixers ou les sauveurs. Certaines personnes ne savent pas la valeur qu’elles ont en dehors d’aider ou de sauver les gens. 

Pour d’autres personnes, recevoir est un acte difficile parce que ça implique d’avoir la conviction profonde qu’on mérite cet amour, ce compliment, cette attention, cet argent, etc et qu’il n’y a pas de strings attached

Mais tout le monde mérite d’avoir son vase rempli de la même manière qu’on verse à autrui. Et pour certains, apprendre à recevoir, c’est quelque chose à travailler. 

Dans tous les cas, donner et recevoir s’imbrique en fait dans le thème plus global qu’est apprendre à reconnaître et à exiger la réciprocité dans les relations. 

Argent et sexualité : honorable ou honteux? 

Selon moi, plusieurs parallèles peuvent être faits entre l’argent et la sexualité. 

Peu de gens osent dire ouvertement « j’aime le sexe » ou « j’aime l’argent ». Aimer l’argent et le sexe peut, encore de nos jours, sonner « dépravé », « immoral », ou « sale ». Y aurait-il un lien historique et culturel à faire avec la religion ? 

Ma culture d’origine ne pose pas de jugement négatif sur l’argent. 

L’argent peut faire du bien, et peut faire du mal. 

De la même façon que la sexualité peut faire du bien, et peut faire du mal. 

L’argent peut représenter une multitude de choses, et sa symbolique peut changer au cours d’une vie, dépendamment de l’étape de vie dans laquelle nous sommes. Pour moi, actuellement, cette bourse me permet de symboliser la contribution, le succès et la prospérité.

La sexologie est un milieu homogène. Dans un monde de femmes blanches francophones québécoises « pure laine » de descendance judéo-chrétienne, ma vision de l’argent peut étonner, voire choquer. 

Pourtant, si la sexologie était un milieu plus diversifié, les voix et les visions entourant l’argent seraient nourries de perspectives différentes, comme la mienne, qui voient l’argent comme étant, entre autres, un vecteur de changement et d’encouragement.

D’autres cultures entretiennent un rapport complètement différent avec l’argent comparativement à ici. Il n’est pas rare pour les Asiatiques de donner ou recevoir en cadeau un money tree plant.

L’humoriste asiatique Ronny Chieng explique de manière hilarante dans cette vidéo de 2 minutes le lien entre culture et argent. 

C’est pourquoi cette bourse vient encourager la relève sexologique et fait la promotion de la diversité dans la profession de sexologue. Parce qu’il faut cruellement et rapidement diversifier les voix et les narratifs.

Les femmes et l’argent

Étudier en sexologie implique un stage obligatoire où, grosso modo, les étudiant.es font du bénévolat pendant un an

Si les programmes de génie mécanique ou de finance exigeaient des stages non-rémunérés pendant un an, les étudiants (majoritairement des hommes) se seraient révoltés. Mais puisque la sexologie est dans le domaine du care, on est habitué à ce que des femmes fassent du travail invisible dans le réseau communautaire. 

Si ces étudiantes en sexologie, après la graduation, décident de quitter le réseau de la santé et des services sociaux ou le milieu communautaire pour travailler dans le secteur privé (comme moi), l’idée que des femmes chargent « cher » pour des services de consultation en santé mentale…dérange certains. 

Consulter devrait être gratuit? Seulement si ce n’est pas au détriment des professionnels. Ce qui n’est pas le cas en ce moment, avec le système en place. 

On assiste donc à un double discours : know your worth et charge le tarif que tu vaux, mais pas trop, parce qu’en fait, ta job, c’est d’aider et d’écouter les gens. 

Dit autrement, le message tacite que j’entends parfois est « les sexologues, qui sont des professionnelles dans le domaine du care et qui sont majoritairement des femmes, devraient performer gratuitement ou à peu de coût du travail émotionnel parce qu’il est attendu que l’aide et l’écoute soient des tâches que les femmes font « naturellement ». » 

Bonjour les stéréotypes sexuels.

Le rapport à l’argent diffère selon les genres. Parlez à vos amies travailleuses autonomes qui ont un malaise par rapport à la fixation de leurs tarifs ou qui n’osent pas demander une augmentation de salaire.

Puis, parlez à vos amis gars qui n’ont aucune gêne à demander une augmentation de salaire chaque année, ou à vos amis gars qui savent ce qu’est le S&P 500 tandis que vos amies femmes ne connaissent pas leur côte de crédit. Le gap de littératie financière entre les genres est immense.  

Une étude récente de Ellevest, une plateforme financière d’investissement créée par et pour des femmes, montre que l’émotion prédominante entourant l’argent est « overwhelmed » pour les femmes, mais « confident » pour les hommes. Pas étonnant, puisqu’on se fait dire depuis des décennies que les femmes ne sont pas bonnes en math, pas bonnes avec l’argent, pas bonnes à investir et pas bonnes à prendre des risques. 

Le malaise que les femmes entretiennent encore de nos jours face à l’argent se reflète de manière insidieuse dans des décisions de la vie courante et dans les mentalités qui entourent ces décisions.

Parce que comme avec sa sexualité, si on ressent trop de honte pour même en parler, si on ne sait pas la différence entre vulve/vagin ou CÉLI/REER, si on entretient des fausses idées comme  »il y a différents types d’orgasmes » ou  »investir, c’est risqué, ce n’est pas pour moi » comment peut-on acquérir les connaissances, pratiquer les habiletés, et développer les réflexions pertinentes entourant le sujet?

L’aisance avec l’argent et la littératie financière, c’est l’affaire des femmes parce que ceci s’inscrit dans the bigger picture qu’est l’émancipation de la femme vis-à-vis une société où les gars investissent et font fructifier leur argent (donc leur pouvoir et leur potentiel de liberté), pendant que les femmes se sentent quasiment « plus pures » d’avoir un bas niveau de littératie financière car elles ne se considèrent pas « à l’argent ». 

Pour plusieurs femmes, leur rapport à l’argent est basé sur la peur, tout comme leur rapport avec la sexualité. Pour certaines, être détachée de l’argent et du sexe, c’est être « moralement supérieure ». 

Vous êtes parent d’une fille? J’ai vu dans ma carrière certains cas où la femme était dans une relation abusive mais elle n’avait pas acquis les connaissances et la confiance financière nécessaire pour quitter la relation parce que le conjoint était plus au courant des finances et avait un plus haut niveau de littératie financière en général. Comment peut-on éviter qu’un jour votre fille se retrouve dans cette situation? 

« Selon un rapport d’UBS Group AG, 74% des femmes veuves ou divorcées disent avoir eu des surprises négatives au moment d’une rupture (…) et 76% regrettent de ne pas s’être impliquées dans les décisions tout au long de leur mariage ou de leur union. » 

Briser ce rapport inégal face au stigma de l’argent chez les femmes (et les futures sexologues) est donc un enjeu féministe pour moi. 

Les privilèges

Si vous étudiez en sexologie et que vous lisez ceci, il y a des fortes chances que vous soyez une femme blanche francophone et que la bourse ne s’adresse pas à vous. 

Mais ce message s’adresse tout de même à vous. 

Tout le monde a des privilèges. Ce n’est pas parce que je suis une femme racisée que je ne jouis pas de certains privilèges. 

Avoir des privilèges, c’est pouvoir oublier certains aspects de qui nous sommes parce qu’ils représentent la démographie majoritaire ou idéalisée de notre pays ou de notre organisation.

Je suis mince, je parle plusieurs langues, je suis citoyenne canadienne, je n’ai aucun handicap, je suis une personne cisgenre hétérosexuelle neurotypique avec un niveau d’éducation post-secondaire, le français est ma langue maternelle et je m’exprime relativement bien autant par écrit qu’à l’oral (sauf quand je suis vraiment excitée et passionnée comme vous pouvez l’entendre dans le podcast Deux sexologues autour d’un verre où je parle comme le lapin Duracell qui a pris 10 cafés. Sauf là, je ne suis pas trop trop éloquente disons). 

Life is unfair. What are you going to do about it?

De plus, je profite aussi de certains unfair advantages. Et vous aussi. Je rencontre parfois certaines personnes blanches qui, en réalisant leur position privilégiée dans cette société, sont accablées d’un sentiment profond de culpabilité, et ils s’éteignent totalement. Shut down. Ils s’empêchent de prendre place dans ce monde par peur d’être ingrats. Comme si en s’effaçant le plus possible, ça allait régler l’injustice d’être né au monde en étant blanc. 

Quelle erreur. Quand on a certaines formes de privilèges (and we all do), la bonne question à se poser est : Qu’est-ce que je vais en faire? How can I use my privileges to help social progress while honoring myself?

Avoir des privilèges, c’est un peu comme avoir de l’argent : on peut en être dégouté et le rejeter, ou on peut en prendre possession, accepter le pouvoir positif qu’il peut engendrer et l’utiliser à bon escient.

La position où je suis aujourd’hui a été facilité par des personnes plus privilégiées que moi qui ont cru en moi, qui m’ont mentoré, qui ont donné mon nom aux bonnes places, qui m’ont ramassé quand ma confiance était en miettes parce que je me trouvais trop différente, trop colorée, pas assez thérapeute-conventionnelle-effacée, ou qui m’ont carrément céder leur place face à des opportunités où ils se sont dit « Hey vous savez quoi? Je connais quelqu’un, Kanica, elle est la bonne personne pour cette job. »

Alors au lieu de vous apitoyer sur vos privilèges et sur vos unfair advantages, pensez à comment vos pouvoirs et l’influence que vous avez dans vos cercles peut être profitable.

Message direct

Pour ceux et celles qui sont directement visés par la bourse et qui remplissent les critères (être immigrant.e de première ou de deuxième génération), ce paragraphe est pour vous. 

Les années universitaires sont des années difficiles. Notre corps est composé à 50% de stress, 30% d’eau et 20% de sandwichs viet banh mi au Vua sur St-Denis. 

Être une minorité à l’UQÀM en sexologie peut être une expérience aliénante parce qu’on est heurté à une panoplie de situations désagréables, autant des micro-agressions que des…micro-malaises. 

À l’UQÀM en sexologie, on peut se sentir mise à part de manière trèèès subtile. L’humain a ce drôle de besoin paradoxal de se sentir unique et individuel, mais aussi d’appartenir à un groupe et d’être bien intégré. 

Les difficultés que vous vivez en tant qu’étudiant.e racisé.e peuvent être différentes des difficultés vécues par les autres, ce qui peut encore plus vous isoler dans cette expérience. Tout le monde a des problèmes, mais vous, vous êtes la seule à vivre ces problèmes, alors vous ne pouvez pas faire un pity party en gang à la fin de la session pour sentir que le struggle est partagé. C’est nul. 

Ne laissez pas cette expérience creuser en vous le fossé de « nous » versus « eux les blancs ». Dans toutes les langues, il existe un terme pour dire les  »blancs », les gringos. Vous savez exactement quel est ce mot dans votre langue d’origine 😉

De la même manière que certaines personnes de la diversité sexuelle deviennent hétérophobes, il est important de ne pas développer une hargne envers les personnes du groupe majoritaire. 

Trouvez vos cercles de soutien authentiques. Find your people. Ces gens-là, qu’ils soient en sexo ou non, sont des personnes pour qui vous ne vous sentez pas de trop (trop chialeuse, trop victime, trop ci, trop ça). 

C’est pas parce qu’on est une minorité visible qu’on a rien à apprendre. Dans un de mes cours lorsque j’étais étudiante, on devait commenter en classe une vignette où un homme avait mis enceinte deux femmes en trompant sa partenaire et il se demandait quoi faire de cette situation. L’ambiance générale de la classe était de penser : mais quel crotté ce gars-là. 

Une femme noire lève la main et dit : « Ben, moi je suis Haïtienne de Montréal-Nord, et j’ai déjà vu ce genre de situation arriver. Et je trouve ça assez bien que le gars dans la vignette veuille s’occuper des deux enfants au lieu d’en abandonner un. »

J’étais bouche bée. Choquée de ma propre réaction initiale interne de jugement. Choquée de constater que moi aussi, j’ai ma propre lentille culturelle qui peut être bien collée à ma rétine sans m’en rendre compte. 

J’ai appris. 

À l’UQÀM, j’intervenais beaucoup en classe. Je trouvais que c’était quasiment mon devoir d’intervenir pour montrer à la classe une autre perspective. J’avais une autre collègue Laura, une fille du Témiscamingue, qui elle aussi intervenait beaucoup et elle apportait toujours une autre perspective qui me nourrissait aussi parce que j’étais citadine et je ne connaissais pas la réalité des gens en région. 

Les autres ont appris de moi (j’espère) et moi aussi j’ai appris. J’ai fourni une autre perspective, et j’ai grandi des perspectives des autres. 

Je m’étais tellement impliquée bénévolement durant mes études que mon CV ressemblait à un sapin de Noël. Durant ma dernière session à l’université avant de graduer, j’avais demandé à ma chargée de cours d’éthique et déonto de commenter mon CV et elle m’a aidé, elle a révisé mon affaire en me disant :  »Bravo. Tu as accumulé de belles expériences. Si j’étais un employeur, tu serais une candidate qui mériterait une entrevue. »

Aucun appel, aucune entrevue. Je ne comprenais pas pourquoi parce que justement, j’avais un CV et un profil intéressant. Et croyez-moi que j’ai été proactive dans ma recherche d’emploi à ce moment.

Des années plus tard, Mélissa Garrido, une autre sexologue racisée m’a dit :  »Kanica. Tu penses pas que si, en haut de ton CV était écrit Marie Tremblay au lieu de Kanica Saphan, on t’aurait peut-être appelé? »

Certes, les employeurs ne savent pas ce que font les sexologues à la base, donc la méconnaissance de la sexologie en plus de ma position minoritaire ne jouaient pas en ma faveur. Belle intersection. 

C’était la première fois que j’ai pensé peut-être avoir été victime d’un système beaucoup plus gros que moi, sans même m’en rendre compte. 

Les gens en position de pouvoir aiment croire qu’ils engagent selon le mérite, quand en fait, ils ne sont probablement pas familiers avec le concept des biais inconscients. 

La vie est injuste mais belle en même temps. Quand je vous disais plus haut de find your people, je le pense très sérieusement. Créez votre musée d’inspiration d’images, de chansons, de citations, de films, mais aussi de personnes où vous pourrez vous ressourcer lors de vos moments down en tant qu’étudiante. 

Identifiez les gens qui vous inspirent et pourquoi. Pendant un an, j’ai eu comme prof et chargée de cours Marie-Aude Boislard-Pépin, Isabelle Dallaire et Claudine Ratelle, et elles ont eu un impact significatif durant mon parcours académique. 

Ensuite, en graduant, je me suis entourée d’autres sexologues plus expérimentées que moi qui croient en moi, notamment Annick Bourget et Vanessa Forgues qui font de la supervision. 

Quand vous choisissez votre groupe d’amis inspirants, restez à l’affût des gens qui activent en vous des enjeux de compétition ou d’infériorité. Mon amie sexologue qui fait son doctorat en neuropsychologie? Mon autre amie sexologue qui fait une maîtrise-recherche super pertinente sur le chemsex et mon autre amie qui travaille en intervention? Elles sont tellement impressionnantes que je pourrais facilement être intimidée et jalouse…mais elles n’activent pas ces enjeux en moi. Et vice-versa. Je n’active rien de malsain en elles. Elles me tirent vers le haut. Parce que quand je vois et côtoie des personnes inspirantes, je me dis  »Wow. Si elles sont capables, moi aussi. »

So find your people and curate your entourage carefully

Je suis une sexologue qui fait partie d’une minorité visible, et j’aurais pu faire mes séances tranquillo, continuer ma carrière en restant assez invisible sur la sphère publique, mais ce n’est pas le cas. 

Et lorsqu’on est visible (racisée ou non), on est vulnérable à se faire scruter, juger, signaler. En parlant avec des superviseurs, des avocats, des collègues d’ici et d’ailleurs, je me suis rendue compte que la meilleure façon d’y faire face, c’est en étant préparée et renseignée.

À l’université, on se fait dire une chose. Par exemple, on croit qu’il faut aller en maîtrise clinique pour pratiquer au privé ou on croit qu’il est absolument interdit d’utiliser le mot thérapie. Puis on sort du cadre universitaire, on commence à lire, à écouter d’autres voix, d’autres narratifs, d’autres perspectives, et c’est là qu’on se rend compte de la petitesse de notre moule initial. 

À l’université, j’étais une Asiatique entourée et notée par des personnes blanches. En graduant comme sexologue, je suis maintenant entourée, jugée (et inspectée!) par des sexologues psychothérapeutes blanches. 

La fausse rivalité entre  »nous immigrants » versus  »eux les blancs » me fait penser à la fausse rivalité entre les sexologues et les sexologues psychothérapeutes. 

Mais les sexologues psychothérapeutes, tout comme les Blancs, ne peuvent pas être vus comme un groupe homogène qui nous oppresse. 

Être une minorité visible, travailler comme sexologue (et non comme sexologue psychothérapeute) est totalement atteignable, et j’espère vous servir de modèle. Quand on a pas de modèles visibles, c’est là qu’on peut se décourager. 

Find your people and find your sources of inspiration.

Une citation qui continue de m’inspirer? 

“Know all the theories, master all the techniques, but as you touch a human soul, be just another human soul.”
Carl Gustav Jung
Psychiatre

Pourquoi avoir appelé la bourse Lotus du Sahara

La bourse s’inscrit dans le volet « service à la communauté » du Sofa Sexologique. Quand j’ai décidé d’inclure des sexologues avec moi, certains éléments allaient de soi : elles devaient être des personnes real et authentiques, c’est-à-dire être cohérente entre l’extérieur et l’intérieur, même si ça veut dire montrer ses lacunes et ses vulnérabilités, elles devaient se soucier des clients plutôt que de se soucier comment travailler en pratique privée allaient leur bénéficier personnellement, et finalement, lorsque je leur parlais du volet  »service à la communauté », elles devaient être emballées en disant  »wow ok faut que je commence à penser à ce que j’aimerais transmettre » au lieu de  »ouin je sais pas si ça va m’ajouter trop de travail par semaine ». 

Ce volet est inspiré des professeurs à l’université. Si vous ne le saviez pas, les profs (en tout cas, ceux en sexologie à l’UQÀM) ont plusieurs mandats dans des volets différents: enseignement, recherche et service à la communauté.

J’ai aussi été inspirée par Novalex, le premier cabinet d’avocats certifié B Corp au Québec, qui offre une heure gratuite de service juridique à un individu, une OBNL ou une coopérative pour chaque heure payée par leurs clients d’affaires. Ils font du 1:1. Je ne sais pas si vous comprenez, mais c’est un exploit énorme. Diaboliser les entreprises à but lucrative veut dire que vous n’avez peut-être pas assez côtoyé des entrepreneurs comme eux, et comme moi!

Moi, Justine et Vivianne, on travaillait toutes ailleurs avant d’oeuvrer dans le secteur privé. On était dans le réseau de la santé et des services sociaux et dans le réseau communautaire. 

Alors de la misère ordinaire (et extraordinaire), on en a vu, en masse

On sait pertinemment que les gens qui viennent nous voir constituent une tranche spécifique de la population qui ont les ressources (pas juste financières) pour profiter de nos services.  

Par contre, on ne veut pas retomber dans la posture de savior qui glorifie le don de soi, le sacrifice de soi, au détriment de soi. On l’a déjà fait dans d’autres milieux, et c’est justement pourquoi on a quitté ces milieux. Et qui voudrait consulter une sexologue en burnout?

Alors toute l’expérience et l’expertise qu’on cumule dans nos séances avec nos clients au privé, on trouve que c’est important de les partager à un plus grand groupe, que ce soit via des articles de blog (qui prennent beaucoup plus de temps à rédiger que vous le croyez), des webinaires, des IG live, un podcast, etc. 

La bourse s’appelle Lotus du Sahara car d’un milieu hostile et aride peut naître beauté, force, et résilience. 

Les immigrants ont parfois des histoires dignes d’un film. Si seulement vous saviez toutes les histoires de vie incroyables qu’ont les gens que vous côtoyez, vous serez ébahis.  

Et c’est vrai aussi pour les personnes blanches : les gens ont des vies incroyables, de manière positive et négative. Quand on ne les connaît pas, on ne sait juste pas. 

Lotus du Sahara me fait penser à certains de mes clients qui viennent me voir comme si une partie d’eux était dead inside. Mais c’est faux.

Parce que dans une fissure de béton, parfois naît une fleur. 

Des fois, après avoir accompagné plusieurs mois une personne, je vois un début de fleur qui pousse. C’est incroyablement inspirant, parce qu’au début du suivi, la personne était complètement ailleurs. 

Donner et recevoir de l’inspiration

On inspire tous au moins une personne dans notre vie sans le savoir. Le problème est qu’on ne se le fait jamais dire. 

Alors j’espère qu’après avoir lu ce texte, vous allez prendre le temps de contacter une personne pour lui dire un mot gentil. Pas besoin d’être un long message. On sous-estime l’impact que peut avoir cette attention. 

Une fois de temps en temps, j’ai une personne out of nowhere (par exemple une personne avec qui j’ai étudié mais que je ne connaissais pas) qui me contacte pour me dire :  »Hey salut Kanica, je voulais juste te dire que c’est vraiment cool ce que tu fais, tu mets la sexologie sur la map, continue. » Moi ça fait ma semaine là. Alors imaginez si vous et moi, on pouvait partir un cercle vertueux d’encouragements sincères. 

Mais je sais ce qui vous passe par la tête, car je me dis la même chose : oh la personne est big, il ou elle ne lit même pas ses messages, je veux pas le déranger, elle le sait sûrement déjà, etc etc etc. 

Mais ça, c’est juste des excuses, et en plus, je viens de découvrir qu’on peut juste DM des gens sur Instagram, donc facile fois mille.

Pour moi, cette initiative, c’est comme la bourse : it’s about putting good vibes in the universe. 

Vous contactez une personne, et moi aussi je le ferai, deal? 

La personne intimidante mais inspirante que j’aimerais contacter pour le remercier pour son travail, c’est Dr Bessel Van Der Kolk, psychiatre et chercheur qui a écrit le livre The Body Keeps The Score, sur lequel j’ai écrit un autre article

Wrap-up – Acknowledgement

Honnêtement, vous êtes trop cool de vous êtes rendus jusqu’ici quand le texte fait 11 pages. 

J’aimerais remercier les deux autres sexologues de l’équipe, Justine Falardeau-Drouin et Vivianne Lajoie, qui m’apportent soutien et validation chaque fois que je leur parle de mes projets. Si la bourse existe, c’est aussi en partie parce que des clients leur font confiance, et elles me font confiance. La bourse est comme l’aboutissement d’un cycle de transmission de confiance entre plusieurs individus. 

S’avoir bien s’entourer, c’est déjà avoir gagné le tiers de la bataille. 

Je reconnais que mon cabinet est situé sur les terres autochtones non cédées de la nation Kanien’kehá: ka / Mohawk sur lesquelles j’ai la chance de travailler, jouer, manger, me reposer, donner et recevoir sous toutes ses autres formes. 

Merci aux followers que je ne connais pas personnellement mais qui me suivent depuis day one. Je lis tous les commentaires, et oui, je reconnais les noms de profils qui reviennent fréquemment. 

Finalement, mes réflexions concernant tous ces sujets mentionnés dans ce texte changent au fil du temps, mes opinions ne sont pas arrêtées et je continue de me nourrir d’autres perspectives. Si vous voulez me partager la vôtre, je serai ravie d’entendre et de mijoter votre insight si vous pensez que ça pourrait me faire voir un angle mort. N’hésitez pas à m’écrire directement via la page Facebook du Sofa Sexologique ou via le compte Instagram

Merci de m’avoir lu et bon repos à tout le monde 🙂

 

Ressources

Vous étudiez en sexologie et vous aimeriez faire de la pratique privée? Consultez cet article ainsi que les liens en référence. 

Vous ne savez pas si vous voulez aller chercher le permis de psychothérapie? Vous êtes la professeure au département de sexologie qui a notoirement dit durant son premier cours de la session  »ça devrait être interdit de pratiquer au privé sans la maîtrise » ? Écoutez cette vidéo de l’Ordre des psychologues du Québec et lisez cette vignette faite par plusieurs ordres professionnels. 

Vous commencez actuellement une pratique privée? Je suggère le livre The Gift of Therapy de Irvin Yalom.

Est-que consulter devrait vraiment être gratuit? L’argent a des fonctions importantes en thérapie. Pour continuer la réflexion sur l’argent et la consultation, ce segment de 20 minutes sur Radio-Canada est super. 

Pourquoi est-ce que les psychologues, psychothérapeutes, sexologues chargent « cher » ?  Écoutez ce segment de 6 minutes ô combien informatif du comptable Pierre-Yves McSween.

L’aspect que j’aimerais ajouter à son point, c’est que au-delà de la prise de risque et de l’instabilité, on est limité par le nombre de gens qu’on peut voir en une semaine. On offre un service individuel, personnalisé, on fait du one-on-one. Faire un cours privé de langue versus faire un cours de groupe, le tarif et le service est différent.  Oui, tout le monde devrait avoir accès à l’aide qu’ils ont besoin, mais si ça veut dire que je dois charger moins cher, mais faire plus de séances par semaine pour me brûler, ça ne rend pas service ni aux clients, ni aux professionnels. Je ne comprends pourquoi ce sont les professionnels en santé mentale qui devraient « take one for the team » afin de pallier à un problème systémique par rapport à l'(in)accessibilité des soins. L’organisation Black Healing Fund le dit bien : « Black Healing Fund believes that the cost associated with seeking mental health and wellness should not further burden Black folks; that therapy and other forms of healing should be free for Black communities. We also believe that the limited amount of Black therapists and healers (another symptom of white supremacy) should not be asked to perform free labour.« 

Vous souhaitez prendre en main votre littératie financière mais ne savez pas où commencer? Je suggère le livre En as-tu vraiment besoin? de Pierre-Yves McSween, ainsi que ces modules gratuits de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, et ces cours gratuits de McGill et RBC sur les finances personnelles. Pour un suivi personnalisé, Code F est une OBNL qui a pour mission d’éduquer et d’accompagner financièrement les gens afin d’améliorer leur niveau de littératie financière. Annick Kwetcheu Gamo saura comment vous enligner. 

Je n’ai pas toujours été dans une position qui me permettait de donner 1000$, mais ma volonté d’exprimer ma gratitude et de redonner date de longtemps.

Depuis plus de dix ans, je prête de l’argent via KIVA, une OBNL de microcrédit qui travaille partout dans le monde.  Plus de 1.7 milliards de gens autour du globe n’ont pas accès à des banques et à des services financiers. Il ne s’agit pas de dons, mais de prêts. Il y a 15 ans, j’avais mis 100$ dans mon compte Kiva, et j’ai choisi des emprunteurs de mon pays d’origine. Avec le temps, les gens remboursent leur prêt, et je peux alors prêter à nouveau mon argent à des projets que je choisis. Sinon, après 3 mois d’inactivité, Kiva re-prête automatiquement mon argent pour éviter que mon solde dorme à rien faire. 

Concrètement, vous pouvez mettre 25$ dans votre compte Kiva, rien faire, votre argent vous reviendra avec le temps, et vous aiderez des gens ainsi. Je vous invite donc à vous inscrire ici.

Je sais que ça sonne  »évident », mais la gratitude fait du bien. Voici un dossier entier de l’université Harvard qui parle des bénéfices de la gratitude, ici

Ensuite sur Instagram, je suis le compte ElleInvestit qui est fait par une avocate fiscaliste ultra drôle mais très informatif, et je suis DeclicDuFric, une page qui vise à briser le tabou de l’argent chez les femmes. 

Phewwww…ça en fait beaucoup non? Anyway, vous avez le temps, maintenant que tous vos plans sont annulés grâce au couvre-feu. Have fun reading!