Parlons sexologie

Sexualité. Société.
Santé mentale et physique

Les 7 types de solitude – et l’utilité de les connaître

Par Kanica Saphan

“Je me sens seul.e” est une phrase que les gens n’aiment pas s’avouer.

La solitude est l’un de mes thèmes préférés, car elle est taboue, universelle et profondément caractéristique de notre humanité.

La solitude comporte plusieurs facettes.

La solitude volontaire nous recharge les batteries, tandis que la solitude involontaire nous perturbe.

La psychologue Rose-Marie Charest, anciennement présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, disait avec justesse que “la solitude, c’est comme le cholestérol : y’en a du bon, y’en a du mauvais.”

Les types de solitudes

Gretchen Rubin est une auteure américaine qui a écrit plusieurs livres sur le bonheur et qui a catégorisé la solitude en plusieurs catégories, montrant que l’expérience de la solitude est plus nuancée qu’on pourrait le croire. Il est pertinent de les connaître, car lorsque nous savons quel type de solitude nous afflige, nous pouvons prendre des décisions plus éclairées sur la manière de les adresser.

Solitude “nouvelle situation”

Vous avez déménagé dans une nouvelle ville où vous ne connaissez personne. Les immigrant.e.s que je vois dans ma pratique, notamment les Français expatrié.e.s, ou les étudiant.e.s internationaux, etc.) connaissent ce type de solitude. Ou alors, vous avez commencé un nouvel emploi ou vous avez intégré une nouvelle institution académique où aucun visage ne vous est familier.

Solitude “je suis différent.e”

Vous êtes physiquement quelque part qui vous est familier, mais vous vous sentez viscéralement différent.e des autres personnes. Peut-être que vous êtes une personne spirituelle, mais pas les gens autour de vous. Peut-être que vous êtes une personne de plein air et les autres non.

Il peut être difficile de connecter avec les autres concernant des choses qui vous tiennent à coeur. Ou peut-être vous êtes accablé de la solitude qui nous affecte tous par moment : le genre de solitude qui fait partie intégrante de la condition humaine.

Je vois notamment dans ma pratique des personnes concernées par la douance qui ressentent la solitude du type “je me sens vraiment différent.e”.

Solitude “je n’ai pas d’amoureux/amoureuse”

Même si vous avez votre famille et vos ami.e.s, vous vous sentez seul.e parce que vous n’avez pas un lien fort et un attachement sécure avec un.e partenaire romantique. Ou peut-être vous avez un.e partenaire, mais vous ne ressentez pas une connexion intime et significative avec cette personne.

Ce type de solitude m’intéresse particulièrement parce que j’ai constaté que les gens avaient parfois honte de l’avouer, comme si désirer une personne significative dans sa vie était un aveu de dépendance. Pourtant, les recherches sont assez claires lorsque vient le temps de démontrer la nécessité des relations intimes satisfaisantes pour la santé mentale et même la santé physique.

Solitude “je n’ai pas d’animal”

Plusieurs personnes ressentent un grand besoin de connecter avec des animaux et sentent leur vie enrichie par la présence de ces relations d’une manière que les relations humaines sont incapables de reproduire. Ces personnes sentent que quelque chose manque à leur vie s’ils n’ont pas un chien ou un chat (ou plus rarement, un lézard ou un cheval).

Solitude “ils n’ont pas le temps pour moi”

Parfois vous êtes entouré de gens qui sont amicaux, sans être des amis intimes. Peut-être qu’ils sont trop occupés avec leur propre vie, ou ils ont déjà beaucoup d’amis. Sinon, vos amitiés intimes déjà existantes ont peut-être amorcé une nouvelle phase où les gens n’ont plus le temps pour faire ce que vous faisiez : les gens ont commencé à travailler de longues heures, ou ils ont maintenant une famille.

Ceci peut être particulièrement un défi en sachant que les relations amicales ont besoin d’être nourries et maintenues au même titre que les relations amoureuses. Une étude de l’Université du Kansas a démontré qu’il fallait plus de 200 heures pour passer du stade de connaissance à ami.e proche.

200 heures, ça veut dire 4 heures par semaine pendant un an. C’est énorme. Autrement dit, il faut du temps pour que les relations passent d’un stade à l’autre, mais surtout, il faut y dédier du temps intentionnellement.

Solitude “des amis pas dignes de confiance”

Malheureusement, vous êtes parfois dans une situation où vous commencez à douter des intentions et de la bienveillance de vos ami.e.s. Vous êtes “ami.e” avec des gens sans leur faire entièrement confiance. Un élément fondamental de l’amitié est la capacité de se confier et de leur faire confiance, alors si cet élément est manquant, vous pouvez vous sentir seul.e même si vous avez du fun avec ces ami.e.s.

La solitude “présence silencieuse”

Certain.e.s se sentent seul.es parce qu’ils désirent la présence silencieuse d’une autre personne. Vous avez peut-être un cercle social actif au travail, ou beaucoup d’ami.e.s et une grosse famille, mais vous aimeriez quelqu’un avec qui relaxer à la maison, sans nécessairement lui parler. Que ce soit un.e colocataire, un membre de la famille ou un.e partenaire amoureux, parfois vous désirez ardemment la présence de quelqu’un proche de vous qui lit sur le sofa ou qui tapoche sur son ordinateur dans la cuisine.

Il est utile de comprendre ces différents types de solitude pour les adresser de manière efficace.

Fatima a remarqué que faire des plans avec ses amis ne soulageait pas sa solitude.

“J’ai réalisé que ce que je voulais, c’était la présence silencieuse de quelqu’un. Pas faire plus d’activités sociales.”

Pistes de solution

Pour se sortir de la solitude, il ne faut pas compter sur une personne, mais sur un réseau de personnes. Il faut des liens sociaux forts (votre meilleur.e ami.e, votre partenaire, etc.) ainsi que des liens sociaux faibles (comme des amis Facebook, votre voisinage, vos collègues, etc.). Le terme “fort/faible” insinue qu’un type de lien est meilleur que l’autre quand ce n’est pas le cas : il faut un mélange des deux pour bâtir un “capital social” solide.

On a besoin d’une variété de relations, pas juste des relations intenses comme nos parents et nos partenaires amoureux.

L’importance des intérêts personnels

J’ai parlé plus tôt de la bonne solitude et de la mauvaise solitude. Rose-Marie Charest avance l’idée que pour nourrir notre bonne solitude, il faut en réalité développer nos intérêts.

Ne pas avoir d’intérêts est un problème.

Parfois, les gens n’ont pas exploré et développé des intérêts pour trois raisons :

1-ils n’ont pas pris le temps

2-ils sont en fuite par rapport à soi-même

3-ils se laissent habiter des autres qui les sollicitent

Ce que j’ai pu observer cette année, sans être généralisable à l’ensemble de la population, est que les gens qui n’ont pas développé des intérêts propres à eux ont parfois une identité peu consolidée incidemment. (J’écrirai ultérieurement un autre article sur les stades identitaires de James Marcia qui montre le lien entre exploration et engagement.)

Une certaine solitude est à prescrire, parce que les gens ne sont pas en train de se fuir, ils n’ont pas peur de ce qu’ils ressentent et osent connecter avec leurs émotions, loin des stimuli. Par contre, si connecter avec vos émotions vous cause tellement de détresse que vous pensez à faire des gestes autodestructeurs, c’est le signe qu’il ne faut pas rester seul.

Nous savons donc que pour éviter la mauvaise solitude, la majorité d’entre nous avons besoin d’un cercle social et d’attachements intimes. Avoir juste l’un des deux peut vous faire sentir encore seul.e.

Pour se sortir de l’isolement, on ne peut pas juste attendre que ça arrive, il faut créer ces relations, il faut passer à l’action.

Faire des activités de groupe peut être une bonne piste, et il faut évidemment faire des activités qui nous plaisent à la base parce que c’est là qu’on rayonne.

Est-ce que nous sommes fatigué.e.s les fins de semaine et serait-il plus facile de rester à la maison au lieu d’investir des intérêts (qui nécessitent déplacement, temps, et un minimum d’énergie) ? Assurément.

Faire ces efforts en vaut-il la peine? Aussi.

Le capital social, contrairement au capital économique, n’est pas une entité concrète que nous possédons, mais plutôt un réseau fluide et changeant de relations qui doivent être continuellement nourries et entretenues, comme des plantes.

Rose-Marie Charest nous invite à se questionner :

“Si ça ne marche pas dans mes relations avec les autres, est-ce que c’est de la malchance ou est-ce que c’est quelque chose que je fais sans m’en rendre compte, mais qui fait en sorte que je ne crée pas les relations que je veux créer?”

Comment savoir si quelqu’un est en train de s’isoler et quoi faire

  • Vous observez des changements dans son comportement habituel, on sent qu’elle ne s’ouvre plus, de moins en moins, on sent dans son non-verbal qu’elle est plus souffrante, moins à l’aise.
  • On veut respecter le “besoin d’espace”, mais faut faire attention, car “respecter le besoin d’espace de l’autre” veut parfois dire le laisser s’enfuir.
  • Vous pouvez dire “Écoute, moi je trouve que tu t’isoles, je trouve que t’as pas l’air bien et moi je ne te laisserais pas être mal”. La nature de votre relation avec cette personne déterminera si vous êtes à l’aise d’intervenir ainsi, mais dans le cas contraire, vous pouvez toujours essayer d’avertir quelqu’un de plus proche pour qu’elle le fasse à votre place. De plus, souvent vous êtes bien intentionné.e.s et vous voulez intervenir, mais vous ne savez pas quoi dire, comment le dire, comment ça sera perçu. Dans ce cas, j’avise aux gens d’exprimer votre malaise et de transmettre simplement, mais sincèrement votre message “je ne sais pas trop comment le dire sans que ça passe bizarrement, mais je trouve que t’es différent.e que d’habitude, et sache que je suis là si tu as besoin de quoi, ça va me faire plaisir.”
  • Quand vous voyez quelqu’un se démolir au niveau social, au niveau affectif, ne le laissez pas faire. Intervenez.

Question pour vous à la maison qui me lisez tranquillement : en sachant qu’il faut alterner solitude et relations, comment faites-vous pour reconnaître et maintenir votre balance personnelle ?

Comme Rose-Marie Charest l’a bien dit :

“Il faut travailler ses relations, mais aussi la qualité de sa solitude”

Si vous vous sentez seul.e au point d’avoir des idées suicidaires, contactez 1 866 APPELLE (277-3553) ou visitez suicide.ca. Ils sont là pour ça.

Si vous souhaitez mieux comprendre comment améliorer la qualité de vos relations et de votre solitude saine, je suis là pour ça.

Dans tous les cas, si vous avez des articles ou des courtes vidéos sur ces sujets, ou alors des hypothèses de réponse, je suis intéressée. Envoyez-moi le tout à l’adresse : cerebrale @ pm . me (sans les espaces)

Je ne répondrai pas nécessairement, mais je lis tous les messages reçus.

Références

Breines. J. pour Greater Good Magazine – Université de Berkeley. (2014, 11 mars). Are Some Social Ties Better Than Others? Récupéré de https://greatergood.berkeley.edu/article/item/are_some_ties_better_than_others

Charest, R.-M. pour l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. (2014, 29 octobre). La solitude, un fardeau ou une amie ? Récupéré de http://www.douglas.qc.ca/page/mini-psy-2014

Hall, J. A. (2019). How many hours does it take to make a friend? Journal of Social and Personal Relationships, 36(4), 1278–1296. https://doi.org/10.1177/0265407518761225

Rubin, G. (2017). 7 Types of Loneliness. Récupéré de https://gretchenrubin.com/2017/02/7-types-of-loneliness